Se rendre au bureau chaque jour sonne pour certains salariés comme une nécessité insurmontable, génératrice d’angoisses et de sueurs froides, tandis que pour d’autres, ils s’en délectent déjà dès le lever. La différence entre les deux ? La valeur ajoutée.

Bon nombre de collaborateurs travaillent comme des automates, répondant à des ordres coutumiers, affectés à des tâches sans surprise, le tout dans des conditions de travail qui n’évoluent guère au fil des ans. Nous pourrions croire que ces derniers manquent d’inspiration, qu’ils n’ont pas envie d’évoluer ou que tout simplement, ils n’osent pas prendre de risques en se contentant de ce qu’ils savent faire. Ce n’est pas si évident. Pis encore, des salariés témoigneraient à en croire tant les sondages que les piges sur ce sujet, qu’ils n’ont rien à faire ou si peu et que les journées finissent par être d’une longueur insoupçonnable.

L’ennui au travail existe sous différentes formes ; le manque d’activité ou le manque d’attrait à ce que l’on produit. Cela porte un nom : le bore-out (syndrome d’épuisement professionnel par l’ennui) par opposition au burn-out (syndrome d’épuisement professionnel) qui est utilisé pour parler et décrire le surmenage dans son milieu professionnel.

Le bore-out est-il un risque psychosocial à surveiller ?

L’insuffisance de sollicitations professionnelles dont peut souffrir un salarié créé inévitablement un trouble psychologique. Il prend la forme du doute permanent que l’on éprouve à son sujet et qui conduit le salarié à s’interroger sur son degré d’utilité voire de professionnalisme. Derrière la question « suis-je utile à mon équipe, à mon entreprise ? », c’est la place de sa valeur ajoutée qui est sous-jacente. S’en suit souvent, une forme de culpabilité où le fait d’être rémunéré peut même devenir un problème d’éthique. Le salarié est confronté à un dilemme permanent ; il doit travailler, pointer chaque jour et dans le même temps, accepter d’en faire si peu ou de réaliser un travail qui ne le stimule plus.

Le code du travail ne prévoit pas de règles liées tant au burn-out qu’au bore-out. D’une part, ce sont des phénomènes qui ne sont pas reconnus comme des maladies professionnelles et d’autre part, il est difficile d’établir la responsabilité de l’employeur lorsqu’il est question de définir la cause des troubles psychologiques chez un salarié. Notons tout de même que l’employeur est tenu de prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs (article L4121-1 du code du travail).

N’existant pas de limites à cette obligation, il est aisé de penser que le burn-out comme le bore-out doivent être considérés comme de réelles problématiques affectant la santé des salariés et générant un stress lié au travail. Sur ce point, précisons que le stress au travail entre dans la liste des risques psychosociaux, ce qui a donné lieu notamment à des études poussées menées par l’INRS (Stress et risques psychosociaux : concepts et prévention) et à un accord national interprofessionnel (ANI du 2 juillet 2008). Selon l’ANI, qui ne prétend pas préciser une liste exhaustive des indicateurs potentiels de stress professionnels, les mesures anti-stress peuvent être collectives, individuelles ou les deux à la fois. Ainsi, l’employeur peut tout à fait prendre des mesures distinctives pour traiter de situations qui affectent un salarié en particulier.

Aussi, même si « l’ennui au travail » ne figure pas en première place des causes participant à la dégradation des conditions de travail des salariés, il peut avoir des répercussions sur leur santé mentale qu’il est difficile à ce jour de réellement mesurer.

3 conseils utiles pour lutter contre le bore-out

Un salarié victime de bore-out, s’il est encore en capacité d’agir, peut entreprendre seul des démarches afin d’en finir avec l’ennui au travail qu’il ressent. S’il n’est déjà plus en mesure de se prendre en charge, s’en remettre à un professionnel (coach ou thérapeute) est alors possible. Dans tous les cas, il est nécessaire d’en sortir afin que la situation ne dégénère pas en dépression nerveuse à caractère professionnel. Soulignons à ce titre, que la Cour de cassation admet que cette pathologie peut être en rapport avec son travail. Tel est le cas lorsqu'un salarié « craque nerveusement » et fait une dépression « soudaine » à la suite d'un entretien professionnel avec son supérieur hiérarchique (Cass. 2e civ. 1er juill. 2003, n° 02-30576). On peut imaginer en ce sens que le salarié n’entrevoit pas son avenir au sein de l’entreprise d’une manière radieuse.

Conseil n° 1 – sortez du silence

Se sentir mal dans sa peau n’est pas honteux et définir ce qui en est réellement la cause, c’est parfois difficile. Il faut avoir le courage d’en parler ; la sphère familiale peut aider de même que des collègues en qui le salarié a confiance. Il est toutefois recommandé d’en discuter avec un médecin dans un premier temps. Il peut s’agir du médecin traitant ou du médecin du travail. Ces praticiens pourront au besoin prescrire au salarié concerné des consultations avec un thérapeute, spécialisé dans les troubles psychologiques.

Le salarié pourrait également demander à s’entretenir avec son supérieur hiérarchique (s’il n’est pas directement à l’origine de sa situation) afin de lui faire part de son état et de ses attentes. Il est recommandé dans ce cas, de lister les contraintes du poste et l’orientation que le salarié souhaite donner à sa carrière.

Le bore-out se nourrit principalement du manque de reconnaissance de son supérieur hiérarchique et de l’absence de perspectives professionnelles enviables et motivantes ; en reconquérant ces deux facteurs, l’ennui au travail peut disparaître progressivement.

Le coaching peut également apporter une aide non négligeable au salarié ; réputé pour ses bienfaits sur la performance des collaborateurs et très prisé des employeurs, d’aucun dise qu’il a un effet thérapeutique sur les personnes même s’il ne faut pas confondre la démarche du coaching avec une psychothérapie. Selon les moyens financiers du salarié, il est possible de se faire accompagner par un coach ; il peut aussi demander à l’employeur de prendre en charge les séances de coaching même si rien ne l’y oblige.

Conseil n° 2 – faites le point sur vos compétences

S’ennuyer au travail peut aussi signifier deux choses ; soit mon employeur ne me permet pas d’utiliser l’ensemble des mes talents au regard de mes nombreuses compétences, soit le travail que je fais au quotidien ne m’inspire plus ou ne me convient plus ; dans ce dernier cas, il faut peut-être penser à en changer rapidement. Quel que soit ce premier diagnostic qui peut se révéler imparfait voire subjectif, compte tenu de l’état d’épuisement dans lequel se trouve le salarié, le recours à un bilan de compétences peut s’avérer opportun. À ce titre, tout salarié en CDI justifiant d'au moins cinq ans, consécutifs ou non, quelle qu'ait été la nature des contrats de travail successifs, dont douze mois dans l'entreprise, peut en faire la demande (article L6322-42 du code du travail).

L’issue du bilan de compétences permet de déterminer les opportunités professionnelles ouvertes au salarié en rapport avec des aptitudes auditées et objectives. Cela participera sans aucun doute à un regain de confiance en soi car n’omettons pas de préciser que cette démarche est souvent encadrée par des professionnels formés sur des sujets comme « la confiance en soi ». Lorsqu’un salarié doute de lui-même et de ses valeurs, ce facteur est essentiel.

Conseil n° 3 – optez pour le changement

Plus facile à dire qu’à faire, le changement fait souvent réfléchir lorsqu’il ne fait pas peur. Si le salarié souhaite évoluer de poste, changer de service, se reconvertir ou encore opter pour une nouvelle entreprise, faut-il déjà qu’il en mesure tant les possibilités que les avantages et les inconvénients. Lors du bilan de compétences visé ci-avant, il pourra envisager plus efficacement toutes ces possibilités car c’est en partie le but d’une telle démarche ; disposer d’un éventail de métiers vers lesquels se destiner en fonction de ses aptitudes professionnelles, humaines et académiques.

Il conviendra également de se remettre en selle ; qu’il s’agisse de postuler en interne au sein de son entreprise ou d’explorer de nouveaux horizons, être recruté ou promu implique quelques impératifs comme l’actualisation de son CV et une réflexion autour d’un projet professionnel.

Le changement peut s’opérer d’une autre façon en modifiant la perception que le salarié a de lui-même, de ses objectifs de vie, de son entourage, de ses attentes, de ses envies… bref, il est courant chez les personnes victimes de bore-out, d’observer l’absence de centres d’intérêts plus personnels. Le travail a pris une telle place que le salarié s’est oublié en tant qu’individu. En améliorant son quotidien, en bousculant ses habitudes, il va se redécouvrir au travers de nouveaux hobbies ou de nouvelles sources d’éveil et certainement, avoir une opinion de lui plus valorisante, plus flatteuse.

Conjuguer vie privée et vie professionnelle

Le bore-out ou comment se sentir inutile au travail peut avoir des répercussions jusque dans sa vie privée. Il faut tout faire pour l'éviter. Là aussi, il faut explorer comment opérer afin que sa vie professionnelle n’empiète pas psychologiquement sur sa vie personnelle. Le salarié doit se fixer des limites comme éviter en rentrant chez lui de ressasser les mauvais moments de sa journée ou en s’enfermant dans une forme de mutisme lorsqu’il est question d’aborder le travail accompli du jour. Il peut être bien de faire état de ce qui s’est passé de bien ou de plus banal avant de s’afférer à une mission plus galvanisante. En somme, lorsque sa journée de boulot est achevée, le salarié a tout intérêt à occuper son temps libre de sorte à se sentir de nouveau utile tant pour lui que pour son entourage. Il faut s'obliger à sortir de sa monotonie en diversifiant ses centres d’intérêts et en acceptant d’en changer afin de stimuler sa motivation et son degré de satisfaction personnelle.

En conclusion, le meilleur remède au bore-out, consiste à exhorter ce qui est négatif tout en se créant des occasions tant personnelles que professionnelles afin de se sentir à sa place, utile et reconnu pour la personne que l’on souhaite être à ses yeux et à ceux des autres.