Faire la guerre à l’homophobie au travail relève d’une nécessité, encore de nos jours. C’est à la fois tristement consternant et à la fois indispensable. Les récentes actualités nous y obligent. D’un côté, la recrudescence des agressions homophobes, de l’autre, des propos haineux à peine voilés. Noël Le Graët considère l’homophobie comme un détail face au fléau selon lui d’autres formes de racisme. À l’écouter, des chants clairement homophobes dans un stade de foot, cela n’est en rien une affaire ! Les gays n’ont qu’à bien se tenir.

Question

Comment alors faire reculer les préjugés à une époque où l’homophobie est tant banalisée que foulée du pied ?

Pourquoi l’homophobie au travail persiste-t-elle encore ?

Pour mettre fin aux discriminations envers les homosexuels, cela commence par parler clairement de l’homophobie au travail. Celle-ci est assez protéiforme aujourd’hui. Il peut s’agir de moqueries a priori sans conséquence. Dans d’autres cas, cela se traduit par une mise à l’écart. Pour certains, le calvaire culmine lorsqu’il faut faire face aux insultes ou aux allusions morbides. À défaut de mener une vraie campagne de sensibilisation pour faire reculer les discriminations, l’homophobie au travail s’installe impunément.

Le droit français bannit pourtant toute différence de traitement nourrie par l’orientation sexuelle des travailleurs.

Dans les faits, c’est exactement le contraire que nous observons. Ceux qui osent témoigner l’affirment, dès l’embauche, ils doivent faire face au rejet. Et que dire des salariés qui plafonnent dans l’échelle sociale, faute pour eux de voir leur promotion acceptée ? Il n’est pas toujours possible de révéler son homosexualité dans certaines entreprises. Les stéréotypes ont malheureusement la dent dure. Comme le révèle par ailleurs le Défenseur des droits, certaines catégories socioprofessionnelles s’illustrent dans les discriminations fondées sur l’homosexualité. Il ne fait pas toujours bon d’être un ouvrier et gay de surcroît. Certains métiers basent leur identité professionnelle sur la virilité de leurs salariés. Les mêmes qui sont dans le viseur de la misogynie et des propos hostiles aux femmes.

Question

Est-ce encore supportable de reléguer le travail à une question de sexe ou de préférence sexuelle ?

Il faut arrêter de banaliser l’homophobie au travail

Ne nous voilons pas la face, il faut agir sans discontinuer. Personne ne peut plus ignorer les droits des homosexuels en France et surtout pas au travail. Dans le milieu professionnel, toute notre vie sociale s’organise autour notamment de l’égalité de traitement. Certes, ce combat s’articule davantage pour lutter contre les discriminations faites aux femmes. Néanmoins, il s’agit d’intervenir auprès de toutes les minorités. Il faut commencer par condamner sévèrement toute incitation à la haine des gays et des lesbiennes. De même, l’employeur ou tous les salariés doivent lutter contre toutes les formes d’hostilité à l’égard des homosexuels.

Pour les victimes d’homophobie au travail, prévoir un espace où se confier paraît indispensable.

La lutte contre le racisme ne doit jamais faiblir

Personne n’est à l’abri, l’histoire tend à nous le rappeler à de maintes occasions. Les droits des personnes sont régulièrement mis à l’épreuve de notre humanité. Tantôt, il est question d’antisémitisme, tantôt de combat LGBT. Que dire du racisme religieux y compris au sein de nos entreprises ? Même le milieu scolaire est affecté par ce fléau. Pour lutter contre l’homophobie au travail, il devient urgent de libérer la parole. Chaque salarié, rappelons-le dispose d’un droit d’expression. Lorsqu’il en fait usage, il peut au moins pointer du doigt tout ce qui entrave ses conditions de travail. Il peut tout autant se plaindre de l’ambiance au travail et des relations sociales en général. Il est important que les salariés hétérosexuels comprennent les difficultés de salariés stigmatisés la plupart du temps à outrance.

De nos jours, la marche des fiertés n’agit plus dans l’esprit des gens, victime de la banalisation.

Assumer son homosexualité relève du courage

C’est indigne d’un pays comme le nôtre que de parler de courage pour assumer son identité sexuelle. Elles sont sinistrement loin nos valeurs nourries par les droits de l’homme. Rappelons-nous, le tapage de la Manif pour tous contre le mariage pour tous. Cet hymne à l’égalité des droits fut l’occasion d’exhiber pour certains toute leur haine de l’homosexuel. Qu’avons-nous fait depuis ? Sans doute pas assez. La lutte contre les discriminations ne porte pas franchement leurs fruits. Sur le web, des traquenards s’organisent pour casser du PD ! Dans la rue, les badauds laissent des gays se faire lyncher sans broncher.

Les associations comme SOS HOMOPHOBIE ou LE REFUGE s’alarment des dérives cruelles en nette progression.

Il faut condamner l’homophobie au travail sans relâche

Si vous êtes victime d’homophobie au travail, il ne faut pas hésiter à porter plainte. Pour agir contre les violences en entreprise, cela commence par ne rien laisser passer. De nombreux arrêts jurisprudentiels soulignent avec quelle sévérité, il importe de sanctionner tout comportement raciste. Insulter un collègue de travail de « pédé » constitue une cause réelle et sérieuse de licenciement. Le Code du travail condamne par principe toute discrimination due à l’orientation sexuelle. Dans certains cas, l’homophobie au travail s’assimile à du harcèlement moral. C’est en tous cas les positions des Cours d’appel de Douai et de Bordeaux (arrêts de mars et juin 2009).

Vous êtes témoin d’actes ou de propos homophobes au travail ?

Personne ne devrait jamais être témoin de ces comportements. Faute de pouvoir radicalement les éviter, il devient impératif de savoir comment et qui alerter le cas échéant. En entreprise, il ne faut pas hésiter à se tourner vers le service RH. Par ailleurs, il est possible de demander l’aide d’un représentant du personnel au CSE (comité social et économique). Si la situation se dégrade, l’intervention à votre demande de l’inspecteur du travail s’impose. Mais, il faut surtout à notre sens, déposer plainte auprès du commissariat ou de la gendarmerie. Pour être accompagné, envisagez aussi de vous adresser à une association LGBT. Ne demeurez pas isolé face à ce drame. Faire entendre votre récit si vous avez été victime d’actes ou de propos homophobes au travail, facilite les choses.

Dans tous les cas, toute aide aux victimes d’homophobie est salutaire. Le salut peut aussi venir de la sphère tant familiale qu’amicale.

L’homophobie au travail ne doit pas se démocratiser

Les allusions connues et largement relayées autour de l’homosexuel (tapette, folle, personne efféminée…) doivent cesser. Un salarié n’a pas à subir les jugements de ses collègues pour des choix de vie qui relèvent de sa vie privée. Malheureusement, il existe une certaine porosité entre le monde du travail et les affaires personnelles. Néanmoins, il appartient à chacun de poser des limites et de refuser tout compromis à ce sujet. Si cela s’impose, il faut condamner fermement toute injure et toute forme d’hostilité en lien avec son homosexualité. À ce titre, l’employeur détient une part de responsabilité ; il se doit de préserver tous les salariés. Les élus du personnel peuvent aussi sensibiliser les salariés à ce fléau.

Le racisme engendre des violences insupportables

Verbales le plus souvent, mais tout autant destructrices. Hier, les « juifs » l’apprenaient à leurs dépens. Plus près de nous, les Africains font encore l’objet d’un racisme primaire difficile à endiguer. Les femmes sont couramment la proie de propos sexistes. Toute différence semble être interdite dans notre modèle de société. Cela affecte les jeunes dès l’école. Les personnes n’osent plus s’afficher comme elles sont. Tout le monde craint pour sa vie, son image, sa notoriété. À l’heure des règlements de compte sur les réseaux sociaux, c’est encore plus criant.

Chacun a le droit d’avoir ses propres convictions. Toutefois, il est primordial de refuser et de dénoncer toute stigmatisation et tout encouragement à la haine de l’autre.