Le syndicalisme en France est-il en train de mourir ? De nombreux délégués syndicaux se plaignent du manque de soutien dont parfois ils souffrent. Dans ces conditions comment peuvent-ils défendre les emplois, conquérir de nouveaux droits, négocier les salaires, etc. ? Le pouvoir politique s’en mêle régulièrement en s’attaquant notamment à la représentativité syndicale. Le monde syndical cherche à se refaire une nouvelle réputation. Les partenaires sociaux n’hésitent pas à prêter leur image à des mouvements sociaux comme récemment, les gilets jaunes.

Toutes les organisations syndicales (CFDT, CGT, CFTC, CGC, FO…) cherchent depuis toujours à faire avancer les revendications.

Le syndicalisme en France a-t-il atteint ses limites ?

La qualité des rapports sociaux au sein des entreprises décline d’année en année aux dires de certains. La faute sans doute aux conditions de travail qui se dégradent et à l’essoufflement du salariat traditionnel. Pourtant, dans le même temps, les questions sociales préoccupent tout le monde. L’actuel élan contestataire dans le pays ne fait que le souligner. Mais nous sommes toutefois loin de la lutte des classes telle qu’elle s’est exprimée il y a maintenant des décennies. Le rapport de force ne profite plus à l’heure actuelle aux salariés, mais au patronat qui s’en félicite régulièrement.

La protestation sociale ne disparaît pas pour autant. Le mouvement insurrectionnel n’en est pas à son premier coup de mou.

Que peut-on dans ces conditions encore attendre du syndicalisme français ?

Les salariés doivent-ils se syndiquer pour continuer à protéger leurs droits ? En octobre 2018, le taux de syndicalisation atteignait péniblement les 11% des actifs. Cela représente sur environ 29 millions d’actifs, à peine plus de 3 millions de personnes. Avec les années, les salariés, les Français se sont habitués à conspuer les syndicats, moins à les soutenir. Il est vrai que les affaires qui entachent continuellement les syndicats ne font pas leurs affaires. Récemment, l’affaire du fichage à Force ouvrière a relancé le débat. Le départ de Pascal Pavageau, dans la tourmente, ne fait que renforcer ce sentiment de gâchis. Alors que le syndicalisme en France prend manifestement l’eau, il sape sa propre notoriété.

Sans doute, est-il victime de la surmédiatisation des affaires crapuleuses ?

Le syndicalisme en France peut-il relancer le progrès social ?

Les relations sociales au cœur des entreprises sont parfois complexes. D’un côté, les salariés ne font plus confiance aux syndicats, de l’autre, ils se plaignent de leur inefficacité. Défendre les salariés devient un véritable casse-tête chinois. Bien que le droit de grève fait particulièrement parler de lui dans les journaux, combien en font vraiment usage ? Faire grève ne fait plus recette de nos jours. Le nombre de grévistes diminue à mesure que les salariés se résignent. Derrière ce constat que d’aucuns jugent amer, on observe une certaine inclination des salariés. Les représentants du personnel en témoignent. Ils sont inquiets de la disparition progressive de toute combativité des salariés au sein de leurs entreprises. La subordination des salariés n’a jamais aussi bien porté son nom.

Constat d'Expert

D’un côté, la politique sociale de l’entreprise perd en contenu, de l’autre, le dialogue social perd en intensité.

Mouvement syndical et réformisme, quel combat ?

Le réformisme peut-il faire la nique au corporatisme libéral de ces dernières années ? Est-il judicieux de rester combatif pour tenter d’obtenir de la direction des avancées sociales ? Le syndicalisme en France se meurt non pas d’une envie d’insurrection, mais d’un manque d’engagement militant. Avec le temps, les Français oublient de militer pour leurs droits. Le militantisme dans les entreprises n’est plus à la mode. Parler ouvertement de nos divergences, encourager les confrontations d’idées, c’est risquer son poste dans l’esprit des salariés. La démocratie sociale plie sous la pression. Le droit d’expression recule jusqu’à atteindre les représentants du personnel. Plus personne n’ose exprimer ce qu’il pense véritablement. Les relations professionnelles sont de plus en plus superficielles au nom de la paix des ménages.

Tout s’aseptise, même le droit de revendiquer. La fièvre atteint même le sacro-saint délégué syndical.

Les syndicats se phagocytent entre eux depuis des années

L’union fait la force ? Visiblement, le syndicalisme en France a perdu cela de vue. Pourquoi me diriez-vous ? Parce que dans de nombreuses entreprises, les délégués syndicaux se regardent en chiens de faïence. Mais la cannibalisation ne s’arrête pas là. Elle contamine le comité d’entreprise, les délégués du personnel, le CHSCT et désormais le comité social et économique. Au nom de la représentativité, les membres de ces instances confondent leur engagement syndical et leurs missions institutionnelles. Le pluralisme syndical n’est salutaire que lorsqu’il ne conduit pas à l’isolement. Les salariés finissent par réellement s’interroger sur l’utilité des syndicats en France.

À force de se combattre et d’essouffler leurs soutiens, les syndicats brillent par leur absence de génie renouvelé.

Le syndicalisme en France doit repenser sa stratégie

Au cœur des préoccupations des salariés, il y a une forte aspiration à davantage de justice sociale et d’égalité professionnelle. L’européisation et la mondialisation absorbent le peu de droits acquis après-guerre, au nom d’une uniformisation du droit du travail. Le droit français devient européen au grand damne de certains. Le combat social dépasse dorénavant le simple cadre de nos frontières. Le syndicalisme en France doit absolument se repositionner et se réinventer. Les vieilles recettes ne sont plus adaptées. La stratégie d’antan n’a plus prise sur le monde économique et social d’aujourd’hui. En avoir enfin conscience, c’est déjà faire un pas. L’assumer permettra d’avancer vers une sortie de crise institutionnelle.

Témoignage

Plus personne ne veut être l’otage de l’immobilisme patent d’un monde syndical vieillissant.

Au contraire, la plupart des gens qui se détournent des syndicats ne le souhaitent pas vraiment. Ils sont prêts à accorder leur confiance à ces représentants, pour peu qu’ils osent revoir leur copie. Le manque d’élan n’est pas synonyme d’un manque de motivation, mais d’une génération désabusée.

Le pouvoir syndical s’exerce péniblement, mais il existe

Heureusement, derrière le rideau d’une certaine réalité inquiétante, il existe bien des courageux qui s’obstinent. Chaque année, à force d’opiniâtreté, l’organisation du travail évolue. Les syndicats participent aux négociations obligatoires en entreprise. Au menu, les salaires, la formation, la santé et la sécurité des travailleurs… Force est de constater que les récoltes sont tantôt encourageantes, tantôt plutôt maigres. La faute sans nul doute à l’absence de mobilisation autour de ces questions. Peut-être aussi, en cause, l’impunité ressentie en général par de nombreux employeurs. Ils profitent d’un courant favorable, porté par un regain du capitalisme.

Genoux à terre, le syndicalisme en France, c’est certain, vit des heures sombres. Mais, il est fort à parier qu’il n’a pas dit son dernier mot.

Pour celles et ceux qui parlent de mise à mort du syndicalisme, il faudrait ouvrir les yeux sur l’actualité. Loin de cracher son dernier souffle, et bien que les syndicats soient en apnée, la survie du syndicalisme est assurée. Les nouvelles générations de salariés sont déjà en mouvement. La syndicalisation des jeunes salariés s’inscrit comme un enjeu pour les années futures. L’engagement syndical bien que moins précoce compte tenu de la volatilité de l’emploi n’en demeure pas moins essentiel. Tout le monde en a pleinement conscience. C’est ensemble que la protection des salariés se conquiert. L’unité est la clé du succès. Faire montre de courage face à une certaine oppression patronale ne relève pas d’une option, mais d’une nécessité.

À l’heure de l’épuisement professionnel, de l’embellie du ras-le-bol social, peut-être est-il temps de se remobiliser et de réinventer le syndicalisme en France !