Qu’est-ce que le lien social en entreprise au juste ? Depuis des années, les salariés s’accoutument de l’isolement, de l’individualisme, d’où cette question. La sociologie des entreprises mute de décennie en décennie. Mais que reste-t-il au fond des relations sociales ? Les CSE ne se sentent plus vraiment concernés et c’est réellement dommage. Les représentants du personnel constituent encore le socle d’une politique sociale avant-gardiste. Le monde du travail est exigeant, parfois cruel et sans pitié. La précarité sociale augmente à mesure que les liens sociaux disparaissent.

Les plus fragilisés aspirent souvent en secret à plus de solidarisme social au sein des entreprises.

Comment restaurer le lien social ?

Les salariés travaillent une bonne partie de la journée, du mois et de l’année, ensemble. Et pourtant, dans nombre de cas, ils ressentent comme un manque. À y regarder de plus près, ce manque est nourri par des années de division. Le management précipite parfois la rupture de tout lien social. Les catégories sociales peinent à se mélanger entre-elles. Le statut social des salariés demeure un rempart à la cohésion sociale. Le caractère fédérateur des activités sociales et culturelles n’existe plus vraiment. Le comité social et économique abandonne peu à peu ce pacte social au profit de la redistribution. Les nouvelles formes du travail procèdent aussi de ce changement.

Le télétravail, l’itinérance, la pluralité des unités de production, etc., les salariés, bien que nombreux, sont seuls.

Est-il encore possible de renforcer le lien social ?

L’organisation du travail joue un rôle déterminant dans la qualité de vie au travail. Tout le monde doit se sentir concerné par la vie sociale en entreprise. Les rapports sociaux sont inévitables pour peu que tout le monde en prenne conscience. Les discriminations et les inégalités sont encore bien d’actualité. Les droits sociaux ne sont pas toujours respectés. La différence se joue donc au niveau du relationnel. Le salariat traditionnel se réinvente pour placer en son cœur, les questions sociales. La justice sociale s’invite dans la danse. De nos jours, c’est même une obsession nationale. Le niveau de vie des salariés l’explique en partie.

Pendant ce temps-là, les élus du personnel désertent l’axe socioculturel au profit de l’enrichissement des individus.

Aveuglé par cette quête insatiable du pouvoir d’achat, le CSE délaisse peu à peu les activités sociales qui profitent à plus de lien social. Souvenons-nous des sorties en plein air, des week-ends « découverte », des compétitions de karting ou de bowling… Les salariés se retrouvaient en dehors du temps de travail. Ils éprouvaient du plaisir à nourrir des liens autrement que par des obligations professionnelles. Durant une journée, une soirée, ils partageaient sans compter du temps, de la bonne humeur, des sourires. Au fond, les travailleurs apprécient ces moments de convivialité. Ils aiment partager ces instants devenus si rares de nos jours. Et le lendemain, à la machine à café ? Le travail reprend le dessus, mais les images de la veille viennent nous rappeler qu’au fond, être ensemble n’est pas si détestable.

Conseil d'Expert

Il est possible de favoriser le lien social en entreprise. C’est une question de volonté. Les élus du CSE peuvent largement contribuer à leur niveau.

Les CSE peuvent encourager le lien social grâce aux ASC

Si la conscience collective se réveille, il est fort à parier qu’un changement social s’opérera. Le CSE une fois élu ne le visualise pas toujours, mais il a signé un contrat social avec les salariés. Rappelons aussi que le lien social aide à l’insertion sociale des jeunes. Il permet de ne pas rompre les rapports avec les plus âgés. L’intégration sociale repose en grande partie sur la qualité relationnelle entre les salariés. Fut un temps, les CSE (jadis les comités d’entreprise) organisaient des activités pour fédérer tout ce petit monde. La mixité sociale offre bien des avantages. Cela permet de se découvrir des valeurs communes, malgré nos différences. Les masques tombent de façon que chacun s’imprègne de l’autre. Sans le provoquer nécessairement, on finit par trinquer au nom de l’amitié, même éphémère au cours d’une soirée. La sociabilisation en entreprise passe par ces instants.

Les CSE peuvent encourager le lien social entre les salariés et les liens familiaux.

Certaines activités peuvent être ouvertes aux conjoints et aux enfants des salariés. En acceptant de retrouver le chemin des activités fédératrices, le CSE honore son rôle économique et social. L’objectif est d’offrir une pause récréative aux salariés. Elle permet de rappeler que les valeurs de respect et d’unité produisent un lien indéfectible entre les personnes. Les activités sociales et culturelles peuvent être le pont vers de meilleures relations entre les salariés. En favorisant le lien social, on produit du bien-être au travail et on lutte concomitamment contre la souffrance au travail. Tout le monde y trouve son compte en définitive. Le CSE peut aborder la question des ASC en ce qu’elle produit des opportunités pour unir davantage les salariés.

En abandonnant progressivement les bons d’achat, il réaffirme son implication sociale au profit du plus grand nombre.

Instaurer une solidarité redevient vital en entreprise

L’individualisation du travail frappe plus fortement les personnes vulnérables. La population active souffre de plus en plus de la déshumanisation en entreprise. Il faut recréer du lien social afin que les jeunes adultes ne décrochent pas trop rapidement. Les inégalités sociales conduisent à se désolidariser les uns des autres. D’un côté les plus aisés, de l’autre, les plus précaires. Ces dernières décennies ont encouragé les divisions sociales en opposant les plus riches aux plus pauvres. Comment expliquer l’affaiblissement des relations sociales, sinon en pointant du doigt ces pratiques ? Au sein de nos entreprises, chaque individu devrait pouvoir s’affranchir de tout lien hiérarchique. Au moins durant quelques heures. Les élus peuvent en tant que porteurs de projets sociaux, ouvrir cette voie. Plutôt que de constater les stigmates de la désociabilisation en entreprise, pourquoi ne pas y remédier ?

Témoignage

La vie collective favorise l’exclusion sociale lorsque rien n’est fait pour soutenir de meilleures relations sociales.

À quand le génie social du CSE au profit du lien social en entreprise ?

Le génie des CSE (et avant lui, celui des CE) a-t-il réellement disparu ? Dans de nombreuses entreprises, on le déplore. Il existe bien des solutions pour réaffirmer son ambition sociale. Pour rapprocher les salariés, il est possible de miser sur des instants conviviaux, simples et rapides à mettre en œuvre. Par exemple, un petit-déjeuner, un Tea-Time à 16H, ou encore, une pizza party à l’heure de l’after-work. Ces activités concourent à une meilleure ambiance au sein des entreprises. Cela permet parfois de ressouder les salariés entre eux en faisant retomber la pression du travail. Encourager le lien social offre bien des avantages. Souhaiter les anniversaires en faisant participer tous les salariés permet notamment d’y parvenir (cagnotte). Et le midi, un déjeuner sur l’herbe l’été au sein d’un parc ? Pour les plus courageux, en route vers la salle de sport entre 12H et 14H ?

Question

Pourquoi pas, une séance de sophrologie pour se ressourcer avant la prochaine réunion ?

Et qu’en est-il des salariés éclatés géographiquement me diriez-vous ?

Les activités sociales et culturelles peuvent se réfléchir en deux temps. Le projet égal pour tous, sa mise en œuvre locale sera ensuite adaptée selon les possibilités de chacun. En prétextant de l’impossibilité de faire comme tout le monde, plutôt que de rechercher de réelles solutions, on perd de son génie. Rien n’est simple et c’est sans doute ce qui devrait motiver les élus à trouver des parades à leurs contraintes. Le lien social se conquiert, s’entretient et se jalouse. À défaut, les rapports impersonnels entre les salariés provoqueront encore plus de distance entre les personnes.

Il faut donc espérer un sursaut prochain des salariés, de leurs élus et en général de tous les acteurs de l’entreprise.