Les demandeurs d’emploi ne savent plus comment s’y prendre pour séduire encore davantage les recruteurs face à leurs exigences toujours plus croissantes. Certains s’essayent à dire « toute la vérité, levez la main droite et dîtes : Je le jure ! » mais force est de constater que l’échec est souvent au rendez-vous. Un jeu de dupes s’installe alors inévitablement entre les postulants à un emploi et les futurs employeurs.

Mentir sur son expérience professionnelle, mentir sur le contenu de son CV (lire la 7ème étude sur les CV Trompeurs), c’est devenu un sport presqu’inévitable, tant le marché est saturé et la concurrence rude.

Introduisons notre article par cette information explosive : 3 552 200 de personnes (près de 11% des actifs en octobre 2015) sont à la recherche d’un boulot, d’un job, d’un poste, d’un travail !! C’est le triste record du Pôle Emploi jamais enregistré en France depuis des décennies. Chacun, dans ces conditions, se dit qu’un coup de pouce, une force du destin, ne ferait pas de mal. Les employeurs s’emploient bien à publier des offres d’emploi que seuls des surdoués (et encore) pourraient réellement satisfaire.

Qui n’a pas déjà lu à ce propos ce genre d’annonce ? :
« Cherche H/F jeune commercial(e) expérimenté(e) avec 10 ans d’expérience, motivé(e) et doté(e) d’un véritable esprit d’entreprise développé au cours de votre carrière. Vous avez déjà fait vos preuves dans la vente sur un poste équivalent durant 5 ans et vous êtes diplômé(e) Bac+5 d’une école de commerce ? ».

Avouez que c’est pathétique mais c’est aussi cela, la dure loi du marché du travail. Il faut être prêt à l’emploi « coûte que coûte » pour satisfaire des employeurs qui ne veulent plus perdre de temps sur votre degré d’employabilité ; « oubliez la case formation ou tutorat ».

Vous devez être immédiatement performant et doué dans votre domaine, sinon, c’est adieu à votre poste. Vous ne franchiriez même pas le second mois de la période d’essai.

La peur de la discrimination est omniprésente

N’allons pas croire qu’il plaît particulièrement aux candidats d’être des usurpateurs de compétences ou d’expériences professionnelles. Il est vrai que quelques mythomanes pourraient se glisser dans cette plus ou moins longue liste des falsificateurs en herbe. Les demandeurs d’emploi doivent aussi faire face à des comportements tout aussi contestables du côté des employeurs ou des recruteurs. La peur d’être discriminé pour des motifs tels que l’âge, le sexe, l’orientation sexuelle, le lieu de résidence, une pratique tant syndicale que religieuse, conduisent ces personnes à endosser l’habit du parfait candidat (article L1132-1 du code du travail).

Le code du travail devrait être plus scrupuleusement appliqué. En effet, les recruteurs ne devraient s’intéresser qu’à la qualification et à l’expérience professionnelle du postulant ; les questions sur son mode de vie, ses fréquentations, ses opinions politiques, ses hobbies … n’ont que faire lors d’un entretien d’embauche (article L1221-6 du code du travail).

Le CV anonyme qui avait un temps été pensé comme une solution pour combattre les discriminations à l’embauche a été délaissé en 2015 au profit d’une possible anonymisation d’informations fournies par le candidat dont les modalités restent à définir par Décret (article L1221-7 du code du travail).

Ce qui est toujours vrai en attendant, c’est que le candidat doit répondre de « bonne foi » aux questions qui lui sont posées lors de son entretien (article L1221-6 du code du travail).

Mentir sur son Curriculum Vitae (CV)

Édulcorer son CV, enjoliver son apprentissage, arrondir à la marge les angles de sa véritable expérience professionnelle, ce n’est pas conseillé. Pour autant que nous avons dit cela, la question sous-jacente qui nous vient à l’esprit c’est : « pourquoi, les demandeurs d’emploi mentent-ils sur leur parcours tant académique que professionnel ? ». Serait bien en peine, celui ou celle qui tenterait de répondre à cette question. La réalité est bien souvent plus triste. Les menteurs (voire les tricheurs) veulent mettre un terme à la longue agonie de la recherche d’un emploi surtout lorsqu’ils sont confrontés à des épisodes de leur vie qui les plongent dans une profonde détresse.

À force de s’entendre dire, au fil des lettres de rejet ou des entretiens d’embauche : « vous êtes trop jeune, vous n’êtes pas assez expérimenté, votre niveau de qualification est trop élevé pour ce poste, vous n’êtes pas bilingue, vous êtes ceci ou vous n’êtes pas cela… », la tentation de mentir finit par déteindre même sur les plus honnêtes d’entre nous.

Mentir sur sa qualification est-il pire ou moins grave que mentir sur son expérience professionnelle ? Le code du travail n’a pas directement prévu de répondre à ces questions, en revanche, la jurisprudence s’en est chargée. Celle-ci s’est précisément basée sur la notion de « dol » (article 1116 du code civil). Il s’agit de démontrer que pour atteindre son objectif, illustrer pour cet article par la volonté de signer un contrat de travail, une des deux parties s’est employée à ruser de telle façon que l’autre aura été dupée, abusée. Dans ce cas, la nullité du contrat pourrait être invoquée, toutefois, cela est sans compter sur la complexité du droit français.

En effet, une simple mention sur son CV d’une expérience professionnelle imprécise pouvant conduire le recruteur à une mauvaise interprétation, ne constitue pas en soi une manœuvre dolosive. Dans cette affaire, la personne avait triché sur sa réelle expérience en indiquant avoir travaillé sur le poste durant 1 an alors qu’en réalité, elle n’avait effectué qu’un stage de 4 mois (Cass. Soc. 16 févr. 1999, n° 96-45.565).

S’agissant de sa réelle qualification, pour la justice, le dol peut être constitué. Ce fût notamment le cas d’un salarié qui s’était prévalu d’un DESS et d’une formation suivie en école de commerce ; ce sont ces qualifications qui intéressait l’employeur pour l’aider à fonder sa décision ; ce mensonge délibéré a conduit à la rupture du contrat de travail aux torts du salarié (Cass. Soc. 17 oct. 1995, n° 94-41.239). Notez que lors d’une embauche, mentir ou cacher la réalité de son état de santé, ne constitue pas un dol permettant de rompre un contrat de travail signé malgré cette dissimulation (Cass. Soc. 21 sept. 2005, n° 03-44.855).

Mentir sur son expérience professionnelle

Lors d’un entretien d’embauche, il est évident qu’il convient de dérouler son parcours tout en évitant même un chouia de mentir sur son expérience professionnelle. Le recruteur pourrait s’en apercevoir car parler d’un vécu inventé, monté de toutes pièces peut se détecter au regard de l’attitude du candidat (regard fuyant, voix tremblante ou hésitante, personne peinant à trouver ses mots ou qui a du mal à fournir des exemples…). La tentation est souvent forte et certains prétendants au poste succombent face à la déferlante de questions posées par le recruteur, de donner les réponses que celui-ci souhaite entendre.

Un petit mensonge pour mettre fin à la galère de trouver un emploi et surtout l’emploi qui nous conviendrait le mieux, n’est-ce pas là, un mal pour un bien ? Je vous répondrai que tout mensonge est à bannir. Il ne faut pas oublier qu’une fois recruté, il conviendra de faire vos preuves.

Mentir sur son expérience professionnelle peut alors s’avérer un véritable risque si à la vue de vos réelles compétences, l’employeur comprend que vous l’avez sciemment trompé.

C’est en substance, l’enseignement délivré par plusieurs jurisprudences et cela de longue date. Une ancienne position de la Cour de Cassation précisait que mentir sur certains aspects de son expérience professionnelle, ne constitue pas en soi un motif valable pour licencier le salarié, pour autant que le mensonge ne s’avère pas un réel obstacle pour le salarié de répondre aux exigences de l’employeur (Cass. Soc. 30 mars 1999, n° 96-42912). Dans cette affaire, le salarié n’avait objectivement pas les compétences qu’il prétendait détenir.

Fournir des renseignements inexacts lors d’un entretien d’embauche n’est pas en soi une faute suffisante pour caractériser un motif de rupture du contrat de travail ; c’est l’effectivité de votre incompétence qui en découlerait qui en sera la cause réelle et sérieuse (Cass. Soc. 19 janvier 2010, n° 08-42519). Dans une affaire analogue mais plus récente, un salarié avait soutenu posséder une expérience de directeur des ventes acquise chez un concurrent alors que cela n’était pas exact. Son embauche basée sur un tel mensonge a conduit l’employeur à prendre une mauvaise décision. Cette tromperie ayant participé à faciliter son recrutement a été caractérisée de dol. La justice a reconnu que le licenciement pour faute grave de ce salarié était justifié (Cass. Soc. 25 novembre 2015, n° 14-21521).

Soyez fier de votre expérience professionnelle

Nous l’avons vu, mentir sur son expérience professionnelle tout comme tronquer son curriculum vitae, c’est risqué d’être découvert et de perdre son emploi sans exclure, le risque d’être marqué au fer rouge dans toute la profession. Le mieux étant de présenter avec sincérité ce que vous « savez » réellement faire. L’employeur doit comprendre qu’à 25 ans, fraîchement diplômé, le candidat ne peut pas afficher 2 ans d’expérience sinon de démontrer qu’au travers de ses stages, il a acquis d’ores et déjà les bases de la profession ou du métier. Il est tout aussi impensable d’exiger d’un quadragénaire qu’il soit aussi endurant physiquement qu’un salarié de dix ans son cadet.

La vie nous apprend que les jeunes mûrissent, que l’expérience se forge et que l’âge venant, il nous prive de certaines de nos facultés. Il faut que les recruteurs n’oublient pas de prendre cela en compte lorsqu’ils écrivent leurs annonces d’emploi et les futurs salariés, doivent défendre leur savoir et leur savoir-faire en ayant confiance en eux.

Nul besoin de s’inventer une expérience professionnelle ou de falsifier son CV ; tôt ou tard, chacun devra comprendre ; tout le monde à une place à tous les instants de sa vie.