Le chômeur, dans un contexte économique pesant comme le nôtre, souffre de jugements intempestifs et injustifiés. Le regard des autres face aux chômeurs est un fardeau. Le parcours d’un chômeur ressemble au parcours d’un combattant. En sachant qu’il n’arrivera peut-être pas à gagner cette bataille qui a pour but de sauver son honneur, son intégrité morale, pour lui et sa famille.

Le regard des autres face aux chômeurs

Le regard des autres face aux chômeurs est-il inquisiteur ? D’aucuns disent que les chômeurs profiteraient du système, de la générosité des actifs. Ceci étant lié au fait que les chômeurs perçoivent pour la plupart, une allocation chômage. Il ne faut pas oublier que les chômeurs ont travaillé et que l’allocation chômage est plafonnée dans le temps. Celle-ci a pour objectif de compenser la perte d’un revenu liée à la perte de son emploi. Des conditions sont exigées, pour prétendre à l’allocation. Elle est attribuée aux personnes en situation de chômage involontaire, dans le but d’accompagner la recherche du nouvel emploi. Aussi appelée, allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE), elle ne concerne que les salariés dont la rupture du contrat de travail n’est pas de leur initiative.

Il existe à cette règle, quelques exceptions à l’image de la rupture conventionnelle, d’une démission légitime ou d’un licenciement pour faute grave.

De surcroît, la personne qui aspire à l’allocation doit justifier d’un temps minimal de travail (période d’affiliation). Une distinction existe là, entre les plus de 50 ans et les moins de 50 ans. Dans les deux cas, il faut avoir travaillé 122 jours soit 610 heures, pour les plus de 50 ans sur les 36 derniers mois, pour les moins de 50 ans sur les 28 derniers mois. Il faut naturellement s’inscrire au pôle emploi, justifier de rechercher activement un travail, résider en France et être physiquement compétent pour pouvoir exercer (article L5421-3 du code du travail). Le bénéficiaire doit d’autre part, mettre à jour mensuellement, sa situation. Pour finir, dans l’hypothèse où il retrouve un emploi alors que ces droits d’indemnisation ne sont pas épuisés, ils sont ajoutés aux nouveaux droits en cas de réouverture d’une nouvelle période d’indemnisation (article L5422-2-1 du code du travail).

Le regard des autres face aux chômeurs peut être péjoratif.

Qui sont ces autres ? La population active, ceux qui n’ont jamais touché l’allocation chômage, ceux qui « ont travaillé toute leur vie ». Certains métiers garantissent un travail de façon continue, sans possibilité de licenciement ou de chômage imprévu, exemple, la fonction publique. Pour ces personnes qui n’ont pas arrêté de travailler et n’ont pas de raison de le faire, fonction publique ou pas, une certaine appréhension négative, des personnes en période de chômage est malheureusement constatée.

Étymologiquement, chômer, c’est suspendre pendant une période son travail. Signifiant, pour ceux que ça inquiète, que cette situation n’est pas définitive !

Jugements injustifiés, regard des autres face aux chômeurs ?

Le chômeur est-il réellement un fardeau pour la société, tel que semble le penser « les autres » ? Le système français est un système économique basé sur la redistribution. Il a pour vocation de collecter des ressources auprès notamment de la population active, des ménages les plus aisés, dans le but de redistribuer vers la population inactive. Tels que les retraités, les personnes inaptes à exercer un emploi (maladies, handicaps) ou encore les personnes qui sont à la recherche d’un emploi. Certains parleront d’un système d’assistanat, d’autres, de solidarité. L’INSEE en 2012 a mené une étude, qui contredit l’idée reçue, selon laquelle, les politiques publiques de redistribution sont injustes. Le bilan met en évidence que la fonction principale du système de redistribution permet la réduction des inégalités de niveau de vie, entre les ménages (grâce aux prestations familiales, aux impôts sur le revenu ou encore aux allocations logement). D’après l’étude, la redistribution permet entre autres de diviser par deux, le rapport entre les 20% des ménages les plus aisés et les 20% les plus modestes (passant de 7,6% avant redistribution, à 4% après redistribution) et de réduire davantage les inégalités de niveau de vie. Les prestations familiales notamment, contribuent pour 25%, à réduire les inégalités, devant les minimas sociaux et les aides au logement !

Le regard des autres face aux chômeurs est biaisé par un contexte économique difficile, créant une appréhension négative des chômeurs par l’opinion publique.

Ces derniers sont pourtant dans la majorité des cas, le fruit de cette conjoncture économique complexe. Les médias jouent un rôle fondamental dans l’opinion publique et contribuent à ce sentiment ingrat que ressentent « les autres ». Le chômage est colporté à toutes les éditions du 20h, comme un fléau. On ne peut certes pas renier que le taux de chômage croît sans cesse.

Pourtant, si le chômage ne faisait pas la une de tous les journaux, peut-être la tendance s’inverserait et les chômeurs seraient enfin perçus à leur juste valeur, comme des gens qui ont besoin d’un emploi et d’une main tendue.

Faire évoluer le regard des autres face aux chômeurs

La notion de chômage a malgré elle, une consonance néfaste. Pourtant, cet état pourrait arriver à n’importe quelle personne active. Pourquoi donc, catégoriser tous les chômeurs, alors que la majorité subissent ce passage difficile dans leur existence. Tel est le cas de l’homme sandwich, qui ne trouvant pas de travail, avait osé sortir de longs jours durant sur la voie publique, vêtu d’une pancarte « je veux un travail, voici mon numéro … ». Faut-il en arriver là aujourd’hui pour trouver à nouveau sa place dans la société ?

Certains sont en tout cas prêts à le faire. Ce statut est très dévalorisant et toute la famille pâtit du regard des autres face aux chômeurs. Les conséquences d’une telle période sont aussi bien morales que financières.

Le chômeur est parfois la seule ressource de toute une famille. Lorsque c’est le cas, l’allocation chômage ne couvre souvent pas, les dépenses du ménage. En effet, le montant de l’allocation chômage ne peut pas être inférieur à 57% du salaire journalier de référence (12 derniers mois), ni s’élever au-delà de 75% de celui-ci. D’autant que la durée de l’allocation est équivalente à la durée effectivement travaillée sur les 28 derniers mois. Somme toute, quoi qu’il arrive, la durée de versement de l’allocation est plafonnée à deux ans. Ce n’est donc ni une situation stable ni une situation définitive.

Le statut de chômeur entraînant fatalement, une sorte de jugement de valeur.

Le regard des autres face aux chômeurs peut vite devenir invivable. Il s’ajoute au statut de « sans emploi », qui entraîne l’isolement social, provoquant lui-même, une perte d’estime de soi. Le travail contribue à la dignité de l’être humain, il est d’ailleurs reconnu comme l’une des libertés les plus fondamentales de l’être humain. Le droit au travail, a été consacré comme tel, par la IIe République et par le préambule de la Constitution de 1946, auquel renvoi aujourd’hui, la Constitution de 1958 (article 5 du préambule de la constitution de 1946). À ce titre, l’État doit s’employer à mettre tous les moyens en œuvre, pour permettre à chaque citoyen, d’obtenir un emploi. Pourtant, par les temps qui courent, il semble que l’expression qui est de rigueur ressemble à « aides-toi, et le ciel t’aidera ». Le travail lui permet de s’exprimer, de rester digne, de s’assumer, d’être libre. Être au chômage, c’est comme passer dans le côté obscur de la force. Vous héritez du statut déplaisant et de son lot d’ennuis.

Il faut alors tout reprendre de zéro, refaire son CV (parfois vieux de plusieurs années), raccommoder sa lettre de motivation, si motivation il y a, organiser sa recherche d’emploi et bien sûr, trouver un emploi.

Qui dit trouver un emploi dit avoir à faire, au pôle emploi. Ce service est composé de conseillers, censés aider à retrouver le chemin de l’emploi. Il se trouve finalement que beaucoup de chômeurs se sentent traités avec très peu de considération. Il est difficile de trouver à nouveau le goût, l’envie, le courage, de rouvrir les portes du marché du travail. Alors que l’emploi à la clé est incertain et que les seules personnes qui créent le lien avec le monde extérieur perdent l’humanité des relations.

Le regard des autres face aux chômeurs dans tout ça ne fait qu’accroître le sentiment d’abandon du chômeur.