Le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) depuis le 19 août 2015 doit nécessairement fixer à l’image du comité d’entreprise (CE), ses règles de fonctionnement. La loi a institué par voie d’élargissement de la règle qui s’impose depuis longtemps déjà aux CE en France, l’obligation de rédiger un règlement intérieur pour le CHSCT. Antérieurement à cette loi, la rédaction du règlement intérieur du CHSCT était facultative.

Cette évolution législative est de facto, une avancée utile pour la personne morale du CHSCT qu’il convient de souligner.

Ceci étant précisé, les questions fusent à propos de cet acte. Qui doit le rédiger ? Que doit-on inscrire dans ce règlement ? Quelles sont les limites à ne pas franchir ? Bref, il n’est pas évident de réaliser ce document sans nul doute essentiel au bon fonctionnement de l’instance (article L4614-2 du code du travail). Seule aberration au tableau, l’absence de sanction s’il était avéré pour un CHSCT qu’il ne disposait pas d’un règlement intérieur en bonne et due forme. C’est exactement le même constat que l’on peut faire s’agissant du règlement intérieur du CE ou depuis le 1er janvier 2018, en ce qui concerne le règlement intérieur du CSE.

On peut s’en étonner, mais la loi est ainsi faite.

Rédaction du règlement intérieur du CHSCT

La législation fixe un cadre, mais ne précise pas le contenu du règlement intérieur du comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail. Elle ne désigne pas davantage, les personnes susceptibles de rédiger ce règlement. Il apparait évident qu’il s’agit de tous les membres. Malgré le caractère normatif de ce document, il est vrai qu’il n’est l’objet d’aucune procédure particulière. Il est de surcroit important de prendre le temps de réfléchir aux dispositions qui devront être intégrées dans ce support. Les élus doivent s’interroger sur leurs besoins et sur les moyens dont ils devraient disposer. En la matière, la loi n’étant pas très généreuse, il peut être intéressant de discuter avec l’employeur de moyens complémentaires. En effet, le règlement intérieur du CHSCT, bien qu’il s’agisse d’un acte formel, ne peut par défaut contraindre l’employeur à consentir à l’instance des moyens supérieurs aux règles fixées par la loi (Cass. Soc. 22 octobre 2014, n° 13-19.427). Cependant, les juges admettent étant donné l’absence d’autonomie financière du CHSCT (pas de budget de fonctionnement), que l’employeur ne peut s’affranchir à donner aux membres élus, les moyens nécessaires pour agir conformément à l’objet de leurs missions. Il en est de même s’agissant de communiquer les informations utiles à l’exercice de celles-ci (article L4614-9 du code du travail).

Il faudra de ce fait, trouver le savant dosage.

Le règlement intérieur du CHSCT est une opportunité

C’est précisément l’occasion de discuter de ces moyens pour lesquels, le code du travail n’est pas très loquace. Les élus peuvent de facto investir le sujet en proposant à l’employeur des solutions pour œuvrer intelligemment au service des salariés, en toute indépendance et sans pâtir d’un manque de possibilités tant matérielles que financières. C’est là tout l’enjeu de ces discussions. Outre les dispositions courantes comme celles se rapportant par exemple aux désignations (secrétaire du CHSCT, secrétaire adjoint, etc.), le règlement intérieur du CHSCT pour être complet devra comporter la liste des moyens consentis par l’employeur en sus de ceux édictés par l’administration. Depuis des années, il est prévu de doter le CHSCT, d’un matériel dactylographique (de nos jours, un ordinateur s’impose), de reproduction (imprimante, photocopieuse) et de diffusion des procès-verbaux (Circ. DRT 93-15, 25 mars 1993). Un panneau d’affichage est indispensable pour communiquer aux salariés, les contenus des missions du CHSCT, mais la circulaire de 1993 précise à propos des capacités de diffusion du CHSCT, qu’il convient de mettre à sa disposition « tout moyen adéquat » renvoyant de nos jours à des outils comme un site intranet ou à des bornes d’information.

N’omettons pas de préciser l’obligation de recevoir pour les membres du CHSCT, une documentation adaptée à leurs besoins.

Celle-ci doit pouvoir leur apporter les éclairages juridiques et techniques fondamentaux pour être en mesure de bien mener les inspections et les enquêtes indissociables de la fonction d’élu au CHSCT. Le fait que les élus rappellent une telle obligation dans le règlement intérieur sans l’assentiment de l’employeur n’a pas été jugé contraire au droit (Cass. Soc. 22 oct. 2014, n° 13-19.427). Le CHSCT peut insister également auprès de l’employeur pour bénéficier d’une connexion à Internet. Sur la toile, il existe bien des sites utiles comme « travail-emploi.gouv.fr » ou « inrs.fr ».

De même, les membres du CHSCT doivent pouvoir préparer les réunions ; quoi de plus nécessiteux qu’un local aménagé et accessible pour cela ? Quid cependant de l’absence légale sur ce point ?

Rien n’oblige en effet à l’employeur de mettre à la disposition du CHSCT, un local lui permettant de se réunir à l’image du comité d’entreprise (CE, 12 juin 1995, n° 150584). Cela étant dit, il est crucial que cette question fasse l’objet d’un débat afin de permettre au CHSCT de disposer d’un lieu adapté, compatible avec cette exigence de se réunir avant les séances plénières. Les besoins que les élus pourraient exprimer sont nombreux. Cela peut aller des frais d’affranchissement, aux appels téléphoniques, aux frais de déplacement lors des inspections en passant par la rédaction des PV du CHSCT. Notons sur ce dernier point que les élus ne peuvent unilatéralement imposer à l’employeur de prendre en charge un prestataire missionné pour rédiger les procès-verbaux. À l’instar du CE, ne disposant pas de budget de fonctionnement, la plupart des CHSCT ne peuvent malheureusement pas profiter de cette aide précieuse sans l’accord de l’employeur (Cass. Soc. 22 février 2017, n° 15-22.392). Vous l’avez compris, le règlement intérieur du CHSCT doit être le point de départ d’une revisite des moyens de fonctionnement afin que ce dernier soit équipé afin d’être prêt à honorer ses prérogatives.

Conseil d'Expert

Le CHSCT étant confronté à une législation peu expressive dans ce domaine, il devra en passer par des négociations pour étoffer sa liste de moyens.

Modèle de règlement intérieur du CHSCT

Il n’existe pas un modèle « type » tenant compte de toutes les spécificités des CHSCT. Toutefois les élus peuvent s’appuyer sur un modèle de règlement intérieur du CHSCT pour établir le sien. Il est avisé en revanche de réfléchir au-delà du contenu proposé par un tel modèle, sur toutes les situations inhérentes à ses propres besoins. Chaque entreprise étant différente, se limiter à une pâle copie tant de la loi que d’un règlement proposé par un éditeur, voire trouvé sur le web serait une erreur.

Simplifiez-vous la lecture de votre règlement en optant pour une rédaction fluide et intelligible.

Il arrive parfois que les modèles soient rédigés par des juristes ; le vocabulaire employé et les tournures de phrase sont en conséquence assez fidèles à la manière dont est rédigé le code du travail. Ce n’est pas toujours très clair par contre pour les néophytes. Les élus du CHSCT doivent éviter tout écueil dans la compréhension de leur propre règlement au risque sinon d’en perdre leur latin !

Validation du règlement intérieur du CHSCT

Avant d’officialiser le règlement intérieur du CHSCT, celui-ci fera l’objet d’une adoption dans les règles de l’art. Autrement dit, la validation du règlement sera portée à l’ordre du jour d’une réunion plénière au cours de laquelle, tous les membres pourront voter, l’employeur compris. En effet, ce dernier a le droit de s’associer à l’adoption du règlement. C’est même plutôt conseillé qu’il le fasse.

Une manière significative pour le CHSCT de s’assurer de l’employeur qu’il appliquera les dispositions qui l’obligent. Une fois entériné, personne ne peut s’affranchir de respecter le règlement intérieur.

L’employeur de facto commettrait un fait constitutif d’une entrave au fonctionnement du CHSCT, si l’envie lui en prenait d’ignorer l’application même partielle dudit règlement. Si l’employeur a accepté de fournir aux membres élus des moyens supplémentaires et sauf à se désengager par une dénonciation régulière de son engagement unilatéral, il ne peut pas faire machine arrière (Cass. Soc. 8 janv. 2002, n° 00-12.252). Cette jurisprudence traduit toutefois, la possibilité pour l’employeur de renoncer à tout moment et aisément aux moyens extralégaux qu’il fournirait au CHSCT. Sachant cela, un point de vigilance est de mise pour éviter au CHSCT de perdre progressivement les moyens obtenus par la négociation.

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