Vous êtes un représentant du personnel pour qui c’est le premier mandat ? Peut-être un élu convaincu qui en est déjà à sa 3ème campagne électorale ? Laissez-moi deviner ! Vous êtes un suppléant et vous vous interrogez quant à la place que vous devriez occuper ? Tous les élus ont une histoire. Quelle est la vôtre en définitive ?

Sur le terrain, au cœur des entreprises, il existe de nombreux membres du personnel, tous différents.

Chacun défend son idéal. Un pacte semblable lie pourtant tout le monde de la même manière. Celui de représenter les intérêts des salariés. Voyons qui se cache derrière la plupart de nos représentants du personnel.

Le représentant du personnel élu sans profession de foi

Trouvez-vous normal d’élire un candidat alors que ce dernier ne s’est pas réellement dévoilé ? Personne ne connaît ses idées. Ce dernier n’a jamais présenté clairement ses motivations. Il n’existe aucun programme, aucun projet. Avant d’élire une personne et surtout son futur représentant du personnel, chaque électeur doit disposer d’un minimum d’informations. Il semble logique de faire part de ses ambitions électorales. Tout le monde doit pouvoir voter en conscience, c’est-à-dire aussi en toute connaissance de cause.

Question

Comment peut-on évaluer la sincérité des candidats s’ils ne prennent même pas la peine de nous éclairer sur leurs intentions ?

Le représentant du personnel du 1er tour

Les salariés s’étonnent qu’il n’y ait parfois qu’un seul tour électoral au sein de leur entreprise. Ils s’insurgent des règles électorales frappant le 1er tour. Ils ne comprennent pas pourquoi devraient-ils voter pour des candidats issus des rangs syndicaux. Cette réaction parait toujours disproportionnée et démontre surtout une forme d’ignorance quant au fonctionnement de nos institutions.

Le syndicalisme, j’ose le rappeler, correspond à une organisation qui défend des intérêts communs.

Cette définition traduit un mouvement qui regroupe des hommes et des femmes animés par un même objectif de fond. Quoi de plus normal pour un représentant du personnel de se présenter à une élection professionnelle en équipe ? Un représentant du personnel dont l’objectif est d’être élu dès le 1er tour a tout intérêt de défendre sa profession de foi. Ce faisant, il se dote de toutes les chances d’être investi non par défaut, mais par choix.

Le représentant du personnel qui se cherche une fois élu

Attaquons-nous désormais aux visages de nos élus déjà en poste. Commençons par traiter du cas de nos élus suppléants. Ils sont nombreux à se demander chaque jour, quel est leur rôle ? Laissez-moi vous expliquer l’utilité d’un suppléant au sein de l’équipe.

Le suppléant du point de vue de la législation

Si j’étais ironique, et je le suis à mes heures perdues, je dirais du suppléant que c’est un ornement de cheminée. Quoique son aspect décoratif n’est pas certain. Vous voyez où je veux en venir ? Je vous explique donc en quelques mots le fond de ma pensée. Le représentant du personnel suppléant ne dispose d’aucun crédit d’heures de délégation. Cela nous amène à un 1er problème. Il ne peut pas travailler au profit des salariés durant ses heures de travail. Ce même élu n’est plus convié aux réunions du CSE par défaut. Il dispose pourtant d’une voix consultative, c’est-à-dire qu’il est censé prendre part aux débats. Quid donc de la mise en œuvre de ce droit de nos jours ?

En outre, pour enfoncer le clou, ce représentant du personnel n’a pas le droit à une formation sur le fonctionnement du CSE.

Aussi, lorsque des élus suppléants s’interrogent sur leur place au sein du CSE, je ne peux que les comprendre. Heureusement, il y a désormais la possibilité pour les titulaires de transférer une partie de leurs heures de délégation. Ce n’est pas Byzance, mais nous ferons avec. Reste à traiter la question de la venue des suppléants aux réunions plénières. Il faut aussi penser à la formation des suppléants. Il paraît impensable de les envoyer en 1ère ligne sans être préparés en amont. Si vous souhaitez que les suppléants soient utiles au quotidien, il appartient au CSE de leur trouver une vraie place. Je rappelle en outre que ces derniers remplacent dans l’absolu les titulaires défaillants.

Le représentant du personnel qui n’a jamais le temps

D’un côté, nous avons les suppléants qui se plaignent de ne pas pouvoir s’impliquer, de l’autre des titulaires qui se meurent. Ils cherchent du temps pour sans doute accomplir leurs missions. Mais de quelles missions parlons-nous au juste ? Pour se justifier, ces élus témoignent de leur charge de travail toujours plus abondante ou de leurs horaires inadaptés. Question ? Ne le savaient-ils pas avant de candidater ? Ignoraient-ils qu’en se portant candidat, ils auraient plus de travail ? Bizarre, non ?

Je ne peux que les encourager lors d’une prochaine réunion à en faire part à l’employeur. Cette situation ne peut pas durer. Il en va des intérêts des salariés.

Le représentant du personnel résigné, désabusé, démotivé

Pour finir ce tour de piste, voyons ce qui se cache derrière ces élus qui n’en peuvent plus selon eux. Un mandat de 4 ans, cela peut paraitre très long pour certains élus. Mais quelle en est la raison au fond ? Le manque de relief de la mission l’explique parfois. L’absence de réels résultats, sans doute y participe aussi. À qui la faute ?

L’élu résigné confesse son impuissance

Lorsque vous discutez avec ce type de représentant du personnel, il vous le dit sans détour. « Peu importe nos efforts, l’employeur s’en balance à la fin ». Mais au fil de la discussion, vous découvrez qu’ils ont juste jeté l’éponge. Mais à quoi s’attendaient-ils au départ ? Qu’il suffisait de demander pour obtenir ? Un élu du personnel doit avoir la culture de l’effort et moins du résultat. Tant qu’il ne parvient pas à faire céder l’employeur, il doit insister. Il faut redoubler d’efforts, toujours, sans baisser la garde. C’est un vrai combat social. Avant de candidater, il faut le dire aux prétendants. Rien ne s’obtient sans acharnement, sans effort répété inlassablement.

Dans le cas contraire, vous risquez d’être déçu et de décevoir à votre tour.

L’élu désabusé exprime toute son amertume

Au fil des mois et des années, les élus du personnel sont dégoûtés. Tout ce qu’ils défendent, dénoncent ou proposent, rien n’y fait. L’employeur fait exactement ce qu’il veut et rien de ce que les élus peuvent dire, n’y change quelque chose. « À quoi cela sert-il de faire notre travail, lorsqu’on est confronté à un mur ? ». Mais quelle est la première raison à votre engagement au fond ? Peut-être est-ce prioritairement celle de représenter les salariés ? C’est-à-dire de faire part à l’employeur les attentes et les craintes des salariés. Avant toute chose, nos élus sont des porte-parole.

C’est à force de dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas que les choses évoluent.

Le problème est tout autre au fond. Ces élus sont désabusés, car au départ, ils n’ont pas compris l’objet de la mission. Leur amertume en témoigne. Ils pensent à tort que l’employeur se pliera à leurs moindres revendications. C’est méconnaître l’histoire des luttes sociales. Rien ne s’obtient si facilement. Il faut user de charmes et s’armer de patience pour faire bouger le colosse aux pieds d’argile. Pour réussir, il est nécessaire aussi de monter en compétences et de comprendre la manière dont fonctionne sincèrement une entreprise.

C’est en connaissant parfaitement les rouages sociaux économiques et juridiques que les élus du personnel parviendront à faire bouger les lignes.

L’élu démotivé disparaît tout simplement du paysage

Les élus qui n’en peuvent plus s’en vont. Ils quittent le bateau en pleine tempête. Leur motivation a cédé comme une digue sous la force d’un raz de marée. La plupart expriment leur démotivation en démissionnant du comité. D’autres ne viennent plus aux permanences, aux réunions. Ils disparaissent du paysage. Ils ne s’impliquent plus, convaincus de l’inutilité de le faire. Les salariés perdent des combattants. L’ont-ils seulement été un jour ? Le CSE se disloque sous la pression et l’immensité de la tâche. Le rayonnement du comité s’assombrit. Ses chances de réussite s’amenuisent au fil des ans. Le CSE devient l’ombre de lui-même. Les rescapés attendent patiemment la fin de leur monde. Ils s’interrogent ; « comment en sommes-nous arrivés là ? ».

C’est justement la question que je leur pose. Mais la réponse est toujours la même. L’employeur a eu raison d’eux.

Endosser la responsabilité de représentant du personnel

Élire des salariés sans programme, sans ambitions et sans qu’ils ne sachent la dureté et l’exigence de la mission, c’est risqué. À la fin, sans le savoir, vous fabriquerez des élus résignés, désabusés ou démotivés. Il est essentiel d’exiger des candidats une sorte de CV de leurs compétences.

L’amateurisme doit enfin faire place à plus de professionnalisme.