Le comité d’entreprise est une instance collégiale où personne ne peut par volonté individuelle, imposer une feuille de route, un projet, une ambition, un choix ou encore engager malgré le CE, sa responsabilité. Il faut en convenir, le comité d’entreprise est composé de collectivistes désireux de contribuer tant structurellement qu’économiquement au grandissement de l’instance.

Les choix sont discutés, mesurés, évalués de sorte à ce qu’ils participent au débat d’idées, aux ambitions d’unité et aux principes d’équité qui doivent nourrir chaque adoption de résolutions. En somme, nul ne peut au sein de cette organisation, se détourner de l’obligation de « voter » chaque décision ; il s’agit là d’un devoir permanent qu’il s’agisse de délibérer sur une dépense, sur une orientation politique ou sur la prochaine activité sociale.

Les désignations sont décidées lors d’un vote du CE

Quel membre occupera la fonction de secrétaire ou de trésorier au CE (article R2325-1 du code du travail) ? Que fera le secrétaire-adjoint une fois désigné ? Quelles seront les tâches courantes que devra honorer le trésorier-adjoint ? Toutes ces questions doivent être débattues de sorte à que les décisions participent à la constitution du bureau et à son organisation future. Il va de soi que les élus (titulaires comme suppléants) peuvent se réunir en séance préparatoire de façon à traiter à huis clos de ces questions internes. Ce sera l’occasion de faire taire les éventuelles dissensions afin de constituer une réelle majorité et éviter un spectacle de désolation lors de la réunion plénière. Il conviendrait de parvenir à une unanimité afin de démontrer avec force et détermination que le comité d’entreprise a su se doter de membres dont la fonction ne sera pas contestée.

C’est un vœu idéal qui en dit long sur l’unicité que l’on peut attendre du comité d’entreprise.

Soulignons que le vote est nécessaire pour légitimer ces élus qui assureront ces missions internes à l’instance ; des désignations informelles seraient illégales et constitueraient une entrave importante au fonctionnement régulier du comité d’entreprise (article L2328-1 du code du travail). Un vote de principe bien qu’intéressant dans sa forme n’est pas légiférant dans son fond ; les désignations se font lors d’une réunion officielle, souvent ordinaire, en présence du Président du CE, lequel peut voter (Cass. soc. 25 septembre 2013, n° 12-14489) tout comme la majorité des titulaires (article R2325-1 du code du travail) qui seront présents ce jour-là (article L2325-18 du code du travail).

Il est conseillé de voter à bulletin secret surtout si le Président du CE fait usage de son droit de vote mais le comité d’entreprise peut souhaiter le vote à main levée qui dans ce cas n’est pas illégal. Cette question se traite avant de voter comme sont décidées également les autres principes électoraux à l’image de la règle de départage en cas d’égalité de voix entre plusieurs candidats.

Un euro dépensé et un euro voté par le CE

Idée reçue ou mauvaise foi gangrène parfois les comités d’entreprise en quête de liberté de choix, de flexibilité et de quiétude administrative. En effet, combien peut-on dénombrer d’instances dont les dépenses liées au fonctionnement du CE ou à ses œuvres sociales, n’ont pas été préalablement décidées en séance plénière et votées pour être entérinées ? Il n’y a pas de statistiques pour répondre à cette question, mais la jurisprudence parle d’elle-même ainsi que les témoignages récurrents d’élus qui ne pensent pas mal faire en s’abstenant de tout vote du CE concernant les dépenses assumées par leur comité d’entreprise.

Profitons de cette tribune pour rappeler que les décisions du comité d'entreprise relèvent obligatoirement d’une délibération collective ponctuée par une résolution elle-même officialisée par un vote des membres titulaires.

Aussi, le choix d’une dépense peu importe que son montant soit infime ou que sa portée soit limitée, est nécessairement validée à l’issue d’un débat, par un vote consigné par ailleurs, dans le procès-verbal de réunion. Autrement dit, la transcription des résolutions dans le PV subodore de l’inscription de ce point à l’ordre du jour, lequel souligne le caractère officiel de la réunion.

Le vote du CE est parfois résolument secret

Par principe, la démocratie suppose que quiconque exprimant le souhait d’anonymiser son choix lors d’un vote du CE, doit être entendu de sorte à ne pas être contraint de voter à main levée. Ainsi, le vote s’établira nécessairement à bulletin secret. Il est dans tous les cas, important que les règles entourant le droit de vote au sein du comité d’entreprise soient discutées et fixées dans le règlement intérieur de l’instance (article L2325-2 du code du travail). Cela évitera de s’interroger systématiquement sur le bon déroulement des votes qui font partie de la vie du CE et limitera les possibles discordes entre les votants.

D’une façon générale, rien n’interdit au comité d’entreprise de préférer le vote à main levée dès lors que personne n’a exprimé son opposition et que la loi est muette sur la façon de procéder.

Toutefois, il existe des exceptions où la législation ne permet pas au comité de disposer d’un choix ; ces particularités législatives nous enseignent combien le vote à bulletin secret peut être important et élémentaire pour répondre à certaines prérogatives.

Dans le cadre de la procédure de licenciement d’un salarié protégé, le comité d’entreprise, une fois avoir mené l’audition du salarié visé et après avoir débattu avec l’employeur des raisons de cet éventuel congédiement de l’intéressé, doit rendre un avis. Notons qu’un avis est rendu à l’issue d’une délibération et exprimé à l’occasion d’un vote des membres titulaires présents lors de la réunion. La loi ajoute que les élus doivent voter à bulletin secret (article R2421-9 du code du travail).

Lorsque l’employeur a pour ambition de nommer ou de modifier l’affectation du médecin du travail voire d’envisager son licenciement, il doit consulter le comité d’entreprise et recueillir son avis. Ce dernier l’exprime nécessairement lors d’un vote tenu secret (article R4623-6 du code du travail).

La Cour de cassation a également instauré une règle portant sur la manière de procéder à la désignation des membres d’un comité central d’entreprise (CCE) ; en effet, elle a souligné l’importance dans sa décision de l’époque, d’élire ces représentants du personnel au scrutin secret sous enveloppe (Cass. soc. 9 juin 1998, no 97-60304).

Voter constitue un acte important dans la vie de l’instance et confère une certaine solennité à la mission des élus du CE, notamment de ses titulaires. Il faut donc s’astreindre à voter dans de bonnes conditions autant morales que démocratiques tout en respectant les principes édictés par la loi.